La section de cette semaine nous
raconte que Jacob, sentant sa fin approcher, rassemble ses fils et petits-fils autour
de lui pour les bénir.
Je souhaite réfléchir avec vous à
propos d’une bénédiction portant sur l’union du peuple juif, laquelle, comme
nous le savons laisse à désirer depuis nombre d’années.
Etre uni est d’une importance
primordiale car comment espérer faire la paix avec ses ennemis si un peuple est
désuni. J’ai souvent discuté avec des Palestiniens sur les possibilités de fin
de conflit mais j’ai remarqué que certains parlaient au nom d’un dirigeant
tandis que d’autres me disaient que ce même dirigeant n’avait aucune influence
sur eux et donc qu’un accord avec ce dernier serait sans valeur.
Revenons au texte de la
semaine :
Béreshit, chapitre 49, Versets
1 et 2 : « Jacob appela ses fils et dit :
« Rassemblez-vous et je vous dirai ce qui vous arrivera à la fin des
jours. Regroupez-vous et écoutez, ô fils de Jacob, et écoutez votre
père. » »
Nous observons qu’à deux reprises,
Jacob demande à ses descendants de se rassembler et de s’unir. Rabbi Yéhouda
Halévi, rabbin et poète (1075-1141) nous enseigne dans son livre Khouzari, (I,
95) : « Alors que depuis les débuts de l’humanité, ce ne fut
toujours qu’une seule personnalité par génération qui fût l’élue de Dieu et sur
qui reposait l’esprit saint, ce fut ici la première fois qu’un groupe entier
fut trouvé digne de cette distinction. Il forma le noyau dur du futur peuple
élu. »
Le Rav Munk ajoute : « L’indéfectible
solidarité des familles d’Israël est pour Jacob la première condition pour la
réalisation de la bénédiction. Le passé lui a enseigné quel mal peut être
provoqué par la désunion, la haine et la jalousie. En songeant à l’avenir, où
il ne serait pas là pour former le point de ralliement de la famille, quelle
nécessité pouvait lui paraître plus urgente pour la constitution de la future
nation que celle de l’union fraternelle défiant toute épreuve ? »
Ainsi, d’après nos Maîtres, nous
devons être unis, solidaires pour être bénis. Malheureusement, au vu des
discours entendus de différents leaders religieux, ce n’est pas le cas. A ceux
qui vont me dire que les « laïcs » aussi cassent l’unité du peuple
juif, je ne peux que répondre par l’affirmative mais ces derniers ne prétendent
pas respecter les textes sacrés.
Essayons de comprendre ce qui se
passe
Juifs orthodoxes et juifs
libéraux
Nombre de juifs orthodoxes ne
considèrent pas les libéraux comme des « vrais juifs », pourtant
lorsque nous discutons avec ces derniers, rien ne les différencie des
orthodoxes à part une volonté de moderniser la Halacha (la loi juive). Certains
rabbins orthodoxes vont même jusqu’à dire en public que les libéraux essaient
de créer une nouvelle religion, ce qui sous-entend qu’ils doivent être rejetés
du Judaïsme. Nous assistons en Israël, depuis plusieurs d’années, à un conflit
entre le rabbinat et les instances gouvernementales sur la légitimité du
judaïsme libéral.
Je me suis toujours posé la
question du refus orthodoxe des libéraux. Moderniser la Halacha a été fait de
tous temps. Lorsque nous étudions les textes, nous nous référons aux
explications de grands maîtres tels Rachi, Sforno qui nous expliquent comment
interpréter certaines lois. Pourquoi ne pouvons-nous pas le faire de nos
jours ? Prenons l’exemple du Choulhan Aroukh, compilé au XVIe siècle par Joseph
Caro. Ce livre est le code de la loi juive, il nous explique comment un juif
doit vivre au jour le jour. Comme tout texte écrit au XVI e siècle, il ne peut
être applicable en totalité au XXIe siècle ; le monde a changé depuis, la
technologie a évolué et pourtant certains nous disent que le Choulhan Aroukh
doit être suivi à la lettre. Ils oublient que ce livre est un code de lois et
que comme tout code, il doit évoluer.
Si certains veulent faire évoluer
la loi juive, notamment la conversion, le divorce ; est-ce une raison de
les rejeter ? A-t-on rejeter les rabbins qui ont interdit qu’on lapide les
femmes adultères ?
Juifs orthodoxes et laïcs.
Ecrire à ce sujet me fait penser
à une blague où un juif laïc dit qu’il est laïc, Dieu merci ! Ce
qui différencie le judaïsme des autres religions est le sentiment
d’appartenance à un peuple. Ainsi beaucoup de « juifs laïcs » se
sentent juifs et attachés au judaïsme. Lorsque nous observons les jeunes de l’ «Hashomer
hatsair » (mouvement de jeunesse juif non religieux), nous pouvons
remarquer leur fierté d’être juifs.
Sont-ils membres de seconde zone
du peuple juif ? je ne pense pas.
Israël, à ses débuts ,a été construit par des
juifs socialistes et laïcs. Beaucoup d’entre eux ont donné leur vie pour
construire ce pays et même si cela va déplaire à certains, peu de juifs
orthodoxes étaient présents à leurs côtés. De nos jours, une grande partie des
juifs orthodoxes sont en accord avec l’idée du sionisme mais ils doivent se
rappeler que cette terre, où ils peuvent habiter, est vivante grâce à ces
« juifs laïcs », alors pourquoi les rejeter maintenant ?
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