Lorsque j’ai commencé à étudier
la section de cette semaine, je ne pensais pas que cette dernière aurait un
lien étroit avec l’actualité et avec l’article que j’ai publié la semaine
dernière. En effet, j’écrivais il y a quelques jours que la peur était le
premier obstacle au vivre ensemble.
Dès les premiers versets de la
section Vaychla’h, nous lisons que Jacob a lui aussi eu peur.
Chap. 32, V. 7 et 8 : « Les
anges revinrent chez Jacob en disant : « Nous sommes arrivés chez ton
frère, chez Esaü ; il vient également à ta rencontre, et quatre cents
hommes sont avec lui.» Jacob eut très peur et fut angoissé. Il divisa les gens
qui étaient avec lui, ainsi que le menu bétail et les chameaux en deux
camps. »
Il est assez étonnant d’entendre
que Jacob, qui deviendra un peu plus tard Israël, eut peur. Avant d’analyser
les raisons de sa peur et de ses angoisses, replaçons ce passage dans son
contexte.
Après avoir reçu d’Isaac les
bénédictions patriarcales, Jacob s’enfuit loin de chez lui pour échapper à la
vengeance d’Esaü. Trente-quatre ans après cette fuite, la haine que lui voue
Esaü est toujours implacable. Tandis que Jacob s’approche de la terre d’Israël,
Esaü s’avance à la tête d’une armée impressionnante, bien décidé à assouvir sa
rancune.
Maintenant essayons de comprendre
la peur et les angoisses de Jacob et pourquoi nous pouvons faire un parallèle
avec l’actualité du Proche-Orient et de l’Europe.
Le Rav Munk nous apprend que « Ce
récit a pour but de nous rappeler que le juste ne doit jamais se fier à sa
piété, mais qu’il doit mettre en œuvre tout ce qui est en son pouvoir pour
assurer lui-même son salut. Il contient, en outre, l’invitation aux générations
futures d’agir dans leurs luttes, selon l’exemple du Patriarche, en préparant
une triple défense au moyen du cadeau, de la prière, du combat »
Ceux qui suivent l’actualité
d’Israël ont pu lire que la Knesset a approuvé dans la nuit de lundi à mardi un
amendement à la loi sur l’égalité devant le service militaire, qui approuve
l’exemption des ultra-orthodoxes à servir dans l’armée israélienne. Le député
Yaïr Lapid a commenté ce vote en ces termes : « Nous devons
nous demander si nous sommes une nation et si tout le monde est égal aux yeux
de la loi ? Nous avons besoin d’un esprit sans distinction entre le sang de
l’un et de l’autre ». Sans doute, les députés auraient-ils dû lire
la section de cette semaine et ses commentaires.
Rachi nous explique que « Jacob
eut peur d’être tué, et il fut angoissé d’avoir peut-être à tuer autrui. »
En lisant ce commentaire, on ne peut pas s’empêcher de se rappeler la phrase de
Golda Meïr : « Nous pouvons pardonner aux Arabes de tuer nos
enfants. Nous ne pourrons jamais leur pardonner de nous forcer à tuer les
leurs ». Cette phrase de Golda Meïr jette comme le dit Manitou « une
forte lumière sur le débat de conscience propre à la société
Israélienne ».
On peut se demander si la peur de
Jacob vis-à-vis d’Esaü ne peut pas apparaître comme un manque de foi dans la promesse de Dieu citée dans le chapitre 31, verset 3 : «
Et Hachem dit à Jacob : « Retourne vers le pays de tes pères et vers
ta terre natale et Je serai avec toi. » A cette interrogation,
Rachi nous explique que « les sages ne sont jamais sûrs
d’eux-mêmes : Jacob craignait d’avoir commis des fautes entre-temps et par
conséquent, de ne plus bénéficier de la protection Divine. » Le
Midrash nous dit que Jacob était également inquiet de la frayeur qu’il
ressentait, et qui indiquait peut-être un manque de confiance dans la promesse
de Dieu.
Nos Sages nous disent que
« Dieu ne révoque jamais une prophétie annonçant une bonne nouvelle »
(Traité Bérakhot 7a). Le Rambam explique dans l’introduction du Perouch
Hamichna pourquoi Jacob pouvait douter de la réalisation de la promesse
Divine : « Ce principe n’est valable que pour une prophétie à
caractère collectif mais pas pour une prophétie s’adressant à un individu en privé,
comme la promesse de Dieu faite à Jacob : une telle prophétie dépend du
mérite de son bénéficiaire. »
Pour conclure ce commentaire sur
la peur je ne peux m’empêcher de citer Averroès qui écrivit au XIIe siècle que
« l’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit
à la violence. Voilà l’équation. »
Chabbat chalom
Eric Gozlan
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