Cette section commence par nous raconter la
naissance des enfants d’Isaac et pose la question du déterminisme chez
l’humain.
Nous apprenons que la femme
d’Isaac, Rébecca, était stérile, ce qui est presque une habitude pour les Mères
du Judaïsme. Chap. 25, V. 21 : « Isaac
implora Hachem, en face de sa femme, car elle était stérile. Hachem Se laissa
implorer par lui et Rébecca, son épouse, conçut. »
Nos sages nous expliquent par la
voix du Rav Feinstein la signification de la stérilité des Mères du Judaïsme :
« Les sages notent que nos Mères Sarah, Rébecca et Rachel étaient
stériles. Les commentateurs expliquent que leurs épreuves prouvent de façon
éloquente que la naissance d’Israël relève du miracle, puisque chaque génération
nouvelle aura été le fruit d’un cadeau divin accordé à une femme incapable
d’enfanter de façon naturelle. »
Il est intéressant de constater
que la Bible ne parle que de la prière d’Isaac et non celle de Rébecca tandis
que pour Abraham, la prière de ce dernier et de son épouse Sarah avait été
exhaussée.
Aux versets 22 et 23, nous
apprenons que Rébecca est enceinte de jumeaux (Jacob et Esaü) qui commencent déjà à se
disputer in utero. Chap. 25, V. 22 et
23 : « Les enfants s’agitèrent dans son sein et elle dit :
« Si c’est ainsi, pourquoi, suis-je ainsi ? » Elle alla
s’enquérir auprès de Hachem. Et Hachem lui dit : « Deux peuples sont
dans ton ventre ; et deux nations de tes entrailles se sépareront ;
et une nation l’emportera sur l’autre nation et le plus âgé servira le plus
jeune. » »
Je dois vous dire que j’ai eu
beaucoup de mal à comprendre comment on peut déjà connaître le caractère des
enfants lorsque ces derniers ne sont pas encore nés. Nos sages ont des avis
opposés sur ce sujet.
Pour rabbi Levy : «
la haine implacable d’Esaü à l’égard de Jacob ne date pas de leur naissance,
mais lui est antérieure. Elle se manifestait déjà dans le sein de sa mère, sous
forme décrite par Rachi : « Quand la mère passait devant les portes
de la Thora de Sem et Eber, Jacob courait et heurtait pour sortir. Quand elle
passait devant la porte de l’idolâtrie, Esaü heurtait pour sortir. » »
Le Gour Aryé nous donne une
explication à la fois rationnelle et mystique : « Ce combat entre
Jacob et Esaü n’était pas lié à un penchant
personnel pour le bien et pour le mal car ces penchants ne se manifestent pas
avant la naissance. Mais Jacob et Esaü étaient les vecteurs de forces cosmiques
à l’œuvre dans la création, des forces transcendant le développement normal de
la personne et préexistant à la naissance. »
Le Rav Munk synthétise les
différentes idées en écrivant : « En tout état de cause, l’écriture
tient à nous faire comprendre que l’hostilité irréductible qui sépare les deux
frères Jacob et Esaü pendant toute leur existence n’a pas son origine en des motifs de jalousie ou de
rivalité politique et économique, mais qu’elle remonte à des divergences
congénitales de caractère qui se manifestent, dès avant leur naissance, dans le
sein maternel. »
Cette « querelle » de
sages nous amène à une question que beaucoup de nos savants se posent : la
future personnalité des enfants se dessine-t-elle déjà dans leur état
embryonnaire ? Sommes-nous déterminés à l’avance ?
Question importante pour la philosophie
mais aussi pour le droit.
Pour la religion juive, je ne
pense pas qu’il y ait une réponse tranchée. Si nous lisons la section de cette
semaine, nous pouvons penser que oui mais dans le Deutéronome chap. 30, il est
écrit deux fois non : Deut. Chap. 30, V. 15 : « Vois, J’ai
placé devant toi aujourd’hui la vie et
le bien, la mort et le mal. » Deut. Chap. 30, V.19 : « Je
prends aujourd’hui le ciel et la terre à témoin contre vous : j’ai placé
la vie et la mort devant toi, la bénédiction et la malédiction ; et tu
choisiras la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance. »
A propos de ces versets,
Maïmonide écrit : « Ne t’avise pas de penser, comme le font les
autres peuples et la plupart des juifs dépourvus de raisonnement, que Dieu a imposé
à l’homme dès sa création d’être juste ou méchant. Il n’en est pas ainsi :
au contraire, tout homme est susceptible d’être un juste comme Moïse ou un
méchant comme Jéroboam, d’être sage ou insensé, d’être miséricordieux ou cruel,
d’être avare ou généreux, et ainsi de suite. Personne ne l’entraine dans l’une
des deux voies, c’est lui-même qui, en pleine indépendance, tend vers le chemin
qu’il désire prendre. »
Je vous conseille la lecture du
chapitre 17 de la troisième partie du Guide des Egarés de Maïmonide qui traite
des cinq théories de la providence. Il en déduit que « l'homme détient la puissance absolue d'agir naturellement par son
libre-arbitre et sa volonté »
En guise de conclusion je vous
propose de méditer sur ces mots de Spinoza qui écrivait : « Les
hommes se trompent quand ils se croient libres ; cette opinion consiste en cela
seul qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par
lesquelles ils sont déterminés »
Chabbat chalom
Eric Gozlan
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire