La section de ce chabbat nous
envoie à l’actualité terrible de ces dernières semaines. En effet, en voyant ce
qui se passe dans le monde, nous sommes en droit de nous demander quelle est la
véritable nature de l’homme.
Nous allons réfléchir ensemble
sur la signification du déluge. Pourquoi le texte mentionne-t-il que Dieu est
arrivé à regretter d’avoir fait l’homme ? Et pourquoi un nouveau
monde ?
Lisons le texte :
Chap. 6 V. 11 à 13 : « Or,
la terre s’était corrompue, car toute chair s’était corrompue devant Dieu et
elle s’était remplie d’iniquité. Dieu considéra que la terre était corrompue,
toute créature ayant perverti sa voie sur la terre. Et Dieu dit à Noé :
« Le terme de toutes les créatures est arrivé à mes yeux, parce que la
terre, à cause d’elles, est remplie d’iniquité ; et je vais les détruire
avec la terre. » »
Nos sages nous enseignent que les
dix générations d’Adam à Noé ont abouti à un échec. Abrabanel nous explique
que « l’humanité a atteint
une telle déchéance que Dieu a résolu de faire disparaitre tous les habitants
de la terre »
Nous observons donc deux
fautes : le péché de la chair et le péché de l’iniquité et essayons de
voir lequel a engendré le déluge.
Commençons par le péché de la
chair
Pour Rachi, toutes les créatures
de la terre étaient perverties, même les animaux. Il écrit que « même
les animaux domestiques, même les bêtes sauvages et les oiseaux s’accouplaient
hors de leur propre espèce. »
Nous assistons donc à un
« dérèglement sexuel » de la société mais le Midrash nous apprend que
Dieu pouvait le pardonner. Ainsi, dans Yalk. Genèse 44, le Misrash
raconte : « Les gens du déluge adoraient des idoles. Deux anges
du nom de Shamhazai et Azazel se rendirent auprès de Dieu et lui dirent :
« Maître de l’univers, nous T’avions prévenu que l’homme commettrait le
mal. » Dieu répondit : « Oui, mais que va devenir le monde sans
hommes ? ». Les anges répliquèrent : « Nous conduirons le
monde ». « Dieu rétorqua : « Si vous viviez sur terre, le
mauvais penchant vous provoquerait et vous rendrait pire que les hommes. »
Les anges implorèrent Dieu : « Donne-nous la permission de descendre
sur terre. » Dieu la leur accorda. Dès qu’ils s’y furent rendus, ils se
livrèrent à la débauche avec de jolies femmes. »
Nous comprenons par ce Midrash
que même les anges peuvent succomber à ce péché.
Reste donc le second péché :
le péché de l’iniquité.
Le Rav. S. R. Hirsh nous donne une
explication des symptômes de l’iniquité : « Les hommes
commettaient des vols mineurs échappant à l’autorité des tribunaux. Bien que
cette forme de brigandage ne soit pas comptée parmi les fautes les plus sévères,
elle est extrêmement négative, car, s’inscrivant dans la lettre du droit, elle
affaiblit la conscience publique et corrompt toute la société. »
Pour Rachi cette iniquité est
synonyme de vol avec violence. Le Misdrash Rabba nous explique : « Qu’appelle-t-on
vol avec violence et qu’appelle-t-on vol tout court ? Rabbi Hanina dit : le vol avec violence c’est
voler ce qui ne vaut pas une perouta ( la valeur minimale en-deçà de laquelle
on ne peut être condamné) et voler tout court c’est voler ce qui vaut au moins
une perouta. Ainsi agissaient les hommes du déluge : quand l’un d’eux
sortait avec un panier plein de lupins, quelqu’un venait lui en enlever pour
moins d’une perouta puis un autre venait lui en enlever pour moins d’une
perouta aussi, si bien qu’il n’y avait aucun recours possible devant les
tribunaux. Dieu dit alors ; « Vous avez agi de façon tordue, j’agirai
donc à votre endroit de façon tordue. »
Nous voyons donc que le crime des
hommes à cette époque est pervers car imperceptible, et lorsque le crime
échappe à la justice des hommes alors la justice divine frappe.
Nous comprenons aussi
qu’au-dessous de la plus petite valeur monétaire en vigueur, la loi ne
considère pas qu’il y ait vol. Pour nos sages la question du seuil peut être
utilisée à des fins très perverses pour voler un semblable. Le Talmud de Jérusalem, traité Demaï, chap.
2, article 2 illustre cette idée de la
façon suivante : « Rav Simon fils de Kahana était un disciple
de Rabbi Eliezer. Alors qu’ils passaient devant une vigne (entourée d’une
clôture) il lui dit : « apporte-moi un copeau pour en faire un
cure-dents » puis il changea d’avis et lui dit : « Ne
m’apporte rien car si tout un chacun agit ainsi il ne restera rien de la
clôture de cet homme. » »
Que devons-nous comprendre ?
La débauche n’est pas aussi grave
que l’iniquité car elle est uniquement dirigée contre Dieu alors que l’iniquité
est dirigée contre l’homme. Une société
peut se protéger contre un délit majeur par la justice mais pas contre les
actes que seule la conscience peut empêcher.
Ainsi nous observons que Dieu a
regretté d’avoir fait l’homme et a décidé de l’effacer de la surface de la
terre car l’accroissement de la « petite violence » avait atteint son
paroxysme.
Eric Gozlan
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