Avec cette section, nous allons
commencer à lire l’odyssée de 40 ans qui a conduit le peuple hébreu d’Égypte à
la Terre Sainte. Nous savons tous qu’en marchant, même doucement, d’Égypte à
Israël prend beaucoup moins de temps que ces dizaines d’années. Alors pourquoi
un si long trajet ?
Maïmonide, dans le Guide des
Egarés (livre III, chap.24) répond que : « pour parvenir à son
but final, à savoir « la conception du vrai Dieu et l’abolition de
l’idolâtrie », l’Eternel fit faire au peuple un détour, nécessaire pour sa
formation morale et religieuse. » Il invoque cet exemple pour
étayer sa théorie des sacrifices, selon laquelle Dieu n’alla pas tout droit à
son but qui était l’abolition de ce culte, mais Il préféra, pour des motifs
pédagogiques, l’atteindre par le détour des lois restrictives concernant les
sacrifices. Le détour par le désert sert ainsi d’exemple à la méthode éducative
employée en certaines circonstances par Dieu.
Maintenant que nous savons pourquoi
le peuple hébreu est resté 40 ans dans le désert, réfléchissons à deux versets
qui pour l’un parle de pédagogie politique et pour l’autre nous ramène à
l’actualité et aux récentes déclarations de notre Premier ministre, M. Manuel
Valls.
Un peu de pédagogie politique
Le chapitre 17 relate le premier
affrontement entre Israël et Amalek. Nos Sages expliquent qu’Amalek est le chef
de file du mal dans ce monde.
Chap. 17, V. 11 et 12 : « Or,
lorsque Moïse levait sa main, Israël prenait le dessus et lorsqu’il baissait sa
main, Amalek prenait le dessus. Et les mains de Moïse se firent lourdes ;
ils prirent une pierre et la placèrent sous lui, il s’assit dessus et Aaron et
‘Hour soutinrent ses mains, l’un de ci, l’autre de là, et il garda ses mains en
prière confiante jusqu’au coucher du soleil »
S. Edels nous enseigne : « que
les mains de Moïse défaillaient lorsque les cœurs les enfants d’Israël
fléchissaient. Les rapports du chef et de son peuple sont basées sur un effet
réciproque de stimulation. Le chef a besoin, lui aussi, du soutien actif de
tout son peuple. »
Le Zohar nous enseigne que la
lourdeur des mains de Moïse provenait des péchés d’Israël. La pierre est
symbolique de l’instrument d’expiation, comme il est écrit dans le Lévitique,
chapitre 20 verset 27. : « Et un homme ou une femme chez qui
sera constatée une évocation d’un Ov ou d’un Yedéoni seront mis à mort ; on les
lapidera avec des pierres, leur sang est sur eux. » Aussi c’est grâce
à son soutien qu’il peut à nouveau tenir ses mains levées. La même faiblesse
des mains de Moïse se manifesta lors du péché du veau d’or où elles laissèrent
échapper les tables de la Loi.
Nous comprenons donc qu’un dirigeant peut
réussir sa mission que s’il a le soutien de tout son peuple. L’histoire nous a
appris que les dictateurs ont rarement mené à bien leurs projets.
L’actualité vue par la Bible.
Chap. 17, V. 14 :
« Hachem dit à Moïse : « écris ceci en souvenir dans le Livre et
place-le aux oreilles de Josué, effacé, j’effacerai le souvenir d’Amalek de
dessous les cieux. »
Tout d’abord de quel livre s’agit-il ? C’est
le livre de la Torah, affirme Nahmanide, et non celui des annales des guerres
de Dieu, mentionné dans le verset 14 du chapitre 21 du livre des Nombres, comme
le soutient Ibn Ezra.
Le Rav Munk nous enseigne que : « dans
le commandement relatif à Amalek, au Deutéronome, XXV, 19, la phrase
correspondante est formulée sous forme d’un ordre adressé à Israël
: « tu effaceras le souvenir d’Amalek. Relevant cette apparente
contradiction, les sages du Midrash donnent (entre autres interprétations)
l’explication suivante : fais, dit l’Eternel à Israël, ce qu’il t’appartient de
faire et efface le souvenir d’Amalek, je ferai alors ce qu’il m’appartient de
faire et j’effacerai ses traces de mon côté. Cette sentence fait ressortir
qu’il est de notre premier devoir d’effacer non pas Amalek lui-même, mais son
souvenir sur terre, c’est-à-dire son évocation. Car c’est précisément la
glorification du principe d’Amalek qui constitue le danger pour l’avenir de
l’humanité. Aussi longtemps que les annales de l’histoire couvriront la mémoire
des héros de la force armée de couronnes et aussi longtemps que les bourreaux
et les persécuteurs des innocents ne seront pas voués à l’oubli, la génération
de nos jeunes contemplera avec admiration les dieux de la force brutale et leur
souvenir suscitera le désir de semblables exploits. »
Lorsque le Premier Ministre, M. Manuel Valls, déclarait sur les ondes que nous
devrions davantage nous souvenir du nom des victimes que du nom des
terroristes, il disait avec d’autres mots ce que nous enseigne le Rav Munk.
Les médias devraient peut-être se pencher plus
sur les victimes que sur les terroristes afin que certains esprits faibles ne
les comparent à des héros.
Éric Gozlan
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire