Avec la section Ythro, les
enfants d’Israël vont entendre pour la première fois la voix de Dieu qui va
leur énoncer les dix paroles ou dix commandements.
Il est intéressant de voir que le
chapitre de la révélation est placé sous le même nom divin que celui de
Bereshit : Elokim, qui est l’attribut de la justice.
Le Rav Munk nous enseigne
pourquoi le texte parle de dix paroles et non de dix commandements : « L’Ecriture
n’emploie jamais le terme de « commandements » pour le Décalogue,
mais elle le nomme régulièrement les « dix paroles ». Le nom grec « décalogue »
signifie également : dix paroles. Un commandement suppose la présence
d’hommes à qui il est adressé et qui sont prêts à le reconnaître comme
tel : un commandement que personne ne respecte, ou que tout le monde
viole, cesse d’être un commandement. Il peut alors être relégué au rayon des
vieilles reliques. Il n’en est pas ainsi des lois divines. Dieu les désigne
sous le nom de paroles ou de sentences. Qu’elles soient écoutées ou non, les
paroles demeurent telles qu’elles ont été prononcées. Elles restent les paroles
de Dieu qui sont l’unique vérité, inaltérable à jamais. Et quand bien même le
peuple juif tout entier tournerait le dos à Dieu et à sa loi, les paroles du
Décalogue resteront en éternité, sans être en rien affectées par cette
défection. »
Lisons les dix paroles et
certains commentaires :
Première parole
Chap. 20 V. 2 :
« Je suis l’Eternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, d’une
maison d’esclaves. »
Pourquoi Dieu ne proclame-t-il
pas sa qualité de créateur du ciel et de la terre mais seulement celle de
libérateur des enfants d’Israël esclaves en Egypte ?
Nahamanide écrit que : « La
création du ciel et de la terre constitue une preuve qui n’est accessible
qu’aux philosophes et aux savants. Elle n’a pas fait l’objet de l’observation
ou de la perception d’un quelconque être humain, à l’opposé des miracles de la
sortie d’Egypte dont des millions d’individus furent les témoins. Cet acte
historique qui se déroula à la vue de l’humanité toute entière démontrait la
réalité de l’existence de Dieu, de même que sa libre volonté, sa souveraineté
sur les nations et sur la nature, sa toute puissance et son unité. »
Deuxième parole
Chap. 20, V.3 à 6 : « Tu
n’auras pas d’autres Dieux devant moi. Tu ne feras point d’idole, ni toute
image de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les
eaux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, tu ne
les adoreras point ; car moi, l’Eternel ton Dieu, je suis un Dieu jaloux,
qui poursuis la faute des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la
quatrième génération, pour ceux qui me haïssent ; et qui exerce la
bienveillance jusqu’à la millième, pour ceux qui m’aiment et gardent me
commandements. »
Nahamanide nous explique comment
Dieu peut être jaloux. « Dieu est jaloux dès qu’il s’agit de
l’idolâtrie ; car ce péché procède du manque de foi en Dieu et de
confiance en Lui, alors que les autres, loin de constituer une trahison, repose
sur une faiblesse morale ou sur un acte de désobéissance. Mais l’application à
l’Eternel du qualificatif de jalousie nous révèle en réalité son profond amour
pour Israël. Car ce qualificatif est réservé aux sentiments qu’un mari éprouve
à l’égard de son épouse infidèle, et c’est à cette unique occasion qu’on
retrouvera le terme jalousie dans la Torah.
Troisième parole
Chap. 20, V. 7 :
« Tu n’invoqueras point le nom de l’Eternel ton Dieu en vain ; car l’Eternel
ne laisse point impuni celui qui invoque son nom on vain. »
Le Rav Munk commente ce verset
d’une façon originale : « c’est par le don de la parole que l’homme
se distingue de l’animal et ce don du Seigneur lui confère un véritable pouvoir
créateur. Selon qu’il le respecte ou qu’il en abuse, ce don peut être la source
d’une bénédiction infinie ou la cause de la ruine du monde… La pureté de notre
langage a un effet déterminant sur notre moralité. Aussi, la sanctification de
la parole forme-t-elle une partie intégrante de la charte morale de
l’humanité. »
Quatrième parole
Chap. 20, V. 8 à 11 : « Souviens-toi
du jour du shabbat pour le sanctifier. Durant six jours tu travailleras, et tu
auras fait tout ton travail ; et le septième jour c’est le shabbat pour l’Eternel
ton Dieu : tu ne feras aucun travail, toi, et ton fils et ta fille, ton esclave
mâle ou femelle, ton bétail, et l’étranger qui est dans tes murs. Car en six
jours l’Eternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, et
il s’est reposé le septième jour ; c’est pourquoi l’Eternel a béni le jour du
shabbat et l’a sanctifié. »
Lors de l’étude d’une autre section nous avons
déjà abordé la problématique du travail dans notre société et le non-respect du
commandement « durant six jours tu travailleras » par une frange
de la population juive orthodoxe.
Le Rav Munk nous explique ce que le shabbat
apporte à la vie économique : « Ce que le shabbat apporte la vie
économique est la limitation et la modération qui opposent une barrière à la
course diabolique au gain. Certes, l’exigence d’une observance et d’une
application totale de shabbat aura fréquemment l’effet d’un frein sur
l’économie lancée à fond. Peut-on arrêter la poste et le télégraphe,
l’électricité et le chemin de fer ? La perte économique, dirait-on, serait
trop grande. En effet, le shabbat exerce, en l’occurrence, une influence
ralentissante sur le rythme économique. Mais ceci, précisément, constitue son
bienfait. Pour la religion, ce n’est pas une perte irréparable que le record
économique soit battu. Mais c’est une perte immense si la rapidité du progrès
doit être payée par le sacrifice de l’âme et par l’anarchie des mœurs. C’est
par son action régulatrice sur l’humanité que la religion manifeste sa force ;
elle ne tolère jamais un progrès extérieur aux dépens du progrès moral. »
Cinquième parole
Chap. 20, V.12 : « Honore
ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que
l’Eternel ton Dieu t’accordera. »
Le Rav Hirsch nous enseigne
pourquoi l’Ecriture proclame que les représentants naturels de Dieu vis-à-vis des
enfants sont en premier lieu des parents : « Les vérités
historiques de la sortie d’Égypte et de la Révélation qui sont à l’origine du
judaïsme reposent entièrement sur la tradition. Et la tradition elle-même
repose sur la transmission fidèle des parents aux enfants et sur la volonté des
enfants de l’accepter de plein gré de la bouche des parents. Les enfants ne
reçoivent pas seulement la vie physique de la part de leurs parents, mais aussi
les liens qui les rattachent au passé, qui les font être juifs et
juives. »
Sixième parole
Il est à noter que les quatre prochaines paroles figurent dans le même
verset
Chap. 20, V. 13 : « Tu
ne commettras pas d’homicide. »
Le Rav Munk, connu pour ses
commentaires érudits sur les dix paroles, associe cette sixième parole au
verset de la Genèse (Gen. IX, 6) : « celui qui verse le sang de
l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car l’homme a été fait à
l’image de Dieu. » Il nous donne une leçon que beaucoup d’entre nous
devrait s’approprier en ces temps de haine : « Cette justification est la
seule qui soit valable d’une manière absolue. Elle ne permet aucune distinction
entre hommes de race, de religion et de couleur différentes, ni entre maîtres
et esclaves ni entre amis et adversaires. Elle confère, en outre, à chaque être
humain une dignité naturelle qui préserve de la honte jusqu’au malfaiteur
subissant son châtiment. »
Septième parole
Chap. 20, V. 13 : « Tu
ne commettras pas d’adultère »
Nos Sages nous enseignent que cette parole transcende le cadre de
l’union conjugale et condamne toute sorte de débauche (traité Nidda 13b), ainsi
que l’interdiction du proxénétisme (Traité Chebouoth 47).
Huitième parole
Chap. 20, V. 13 : « Tu
ne voleras pas »
Maïmonide, dans son traité sur la législation du vol écrit que : « quiconque vole de l’argent à autrui
transgresse une défense de la Torah, qu’il s’agisse de l’argent volé un juif ou
à un non juif, à un adulte ou à un mineur. »
Neuvième parole
Chap. 20, V. 13 : « Ne
rends point contre ton prochain un faux témoignage. »
Pour Sforno, outre son sens littéral qui est l’interdiction de faire
une déposition mensongère devant un tribunal, « ce commandement proscrit les colportages et la calomnie ».
Dixième parole
Chap. 20, V. 14 : « Ne
convoite pas la maison de ton prochain ; ne convoite pas la femme de ton
prochain, son esclave ni sa servante, son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui
est à ton prochain. »
Le Rav Hirsch nous enseigne à propos de ce verset que « Seul
le législateur divin est capable d’interdire d’éprouver un tel sentiment, car
il connaît non seulement nos actes, mais aussi nos pensées les plus intimes et
les élans de votre cœur. Les hommes peuvent, certes, défendre des crimes et
citer les criminels en justice, mais les profondes raisons du cœur échappent à
leur connaissance. »
Je ne peux terminer ce commentaire sans une
pointe d’humour en citant Jean Yanne : « Si Moïse avait été un politicien, on n'aurait pas eu les Dix Commandements mais les Dix Suggestions. »
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire