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dimanche 14 février 2016

Discours prononcé par Eric Gozlan lors de l'hommage à Ilan Halimi le 14 février 2016

Je tiens tout d’abord à remercier Guershon NDUWA qui avec son équipe de la Fédération Juive Noire organise maintenant depuis 10 ans cet hommage pour Ilan Halimi.

Vous êtes aujourd’hui nombreux à vous être déplacés et je suis très heureux de voir ENFIN certaines institutions ou organisations se joindre à nous pour se souvenir d’Ilan.

10 ans, 10 années depuis l’assassinat sordide d’Ilan. 10 ans que nous pleurons sa mort. Et que s’est-il passé depuis ?

L’attentat contre Charlie hebdo, l’assassinat d’une policière municipale, l’attentat contre l’hyper kasher, l’attaque du stade de France, le carnage du Bataclan et les fusillades dans les cafés autour.

10 ans que nous subissons, tous, juifs, musulmans, chrétiens, athées cette barbarie qui se nomme terrorisme.

L’assassinat d’Ilan est le symbole même de l’antisémitisme et de ses préjugés. On enlève, on demande une rançon, on torture, on tue un être humain car il est juif, car on pense que les juifs sont riches, on croit que les juifs ont le pouvoir, on imagine que les juifs sont à la tête d’un complot.

Le complotisme, cette nouvelle maladie qui gangrène la France. Cette nouvelle maladie, malheureusement si répandue dans la jeunesse française, qui colporte la haine de l’autre.

La lutte contre le complotisme doit être la priorité absolue des gouvernements. Gouvernements au pluriel car ce n’est pas un combat franco-français mais une lutte de tous les exécutifs européens et mondiaux.
Pour que l’assassinat d’Ilan ne se reproduise pas, les réseaux sociaux tels que Google, Facebook, Twitter doivent mettre la main à la pâte. Ils doivent contrôler ce qui est écrit et propagé dans leur réseau.

Mesdames et Messieurs les dirigeants de ces réseaux sociaux, en laissant la haine se propager par l’intermédiaire de vos réseaux, vous êtes complices, n’en vous déplaise, de tous ces malheurs.

Depuis l’assassinat d’Ilan, nous ne pouvons oublier les cris de « mort aux juifs » entendus lors des manifestations en juillet 2014 dans cette ville de Paris, symbole des droits de l’homme.

La France n’a alors pas compris que ce n’était pas seulement les juifs qui étaient visés mais c’était elle et la laïcité qu’on voulait atteindre par ces cris. Les attentats du 13 décembre en sont la meilleure preuve.
Ces antijuifs détestent autant les juifs que la France et la laïcité.
C’est pour cela que tous ensembles sans distinction de couleur politique, de religion, nous devons combattre ce fléau qui est l’antisémitisme et le racisme. Nous devons crier que la France doit rester ce pays laïc où chacun a le droit de croire ou de ne pas croire.

Nous ne devons en aucun cas faire des amalgames.

Opposer les religions entre elles, diviser la population : c’est exactement le but de ces barbares.


Je vous le répète encore une fois : ne nous divisons pas, ne faisons pas d’amalgame et surtout restons unis contre les assassins d’Ilan et contre tous ceux qui ont fait du racisme et de l’antisémitisme leur idéologie.

Eric Gozlan

jeudi 21 janvier 2016

Bechallah : conseils de la Thora aux politiques


Avec cette section, nous allons commencer à lire l’odyssée de 40 ans qui a conduit le peuple hébreu d’Égypte à la Terre Sainte. Nous savons tous qu’en marchant, même doucement, d’Égypte à Israël prend beaucoup moins de temps que ces dizaines d’années. Alors pourquoi un si long trajet ?

Maïmonide, dans le Guide des Egarés (livre III, chap.24) répond que : « pour parvenir à son but final, à savoir « la conception du vrai Dieu et l’abolition de l’idolâtrie », l’Eternel fit faire au peuple un détour, nécessaire pour sa formation morale et religieuse. » Il invoque cet exemple pour étayer sa théorie des sacrifices, selon laquelle Dieu n’alla pas tout droit à son but qui était l’abolition de ce culte, mais Il préféra, pour des motifs pédagogiques, l’atteindre par le détour des lois restrictives concernant les sacrifices. Le détour par le désert sert ainsi d’exemple à la méthode éducative employée en certaines circonstances par Dieu.

Maintenant que nous savons pourquoi le peuple hébreu est resté 40 ans dans le désert, réfléchissons à deux versets qui pour l’un parle de pédagogie politique et pour l’autre nous ramène à l’actualité et aux récentes déclarations de notre Premier ministre, M. Manuel Valls.

Un peu de pédagogie politique

Le chapitre 17 relate le premier affrontement entre Israël et Amalek. Nos Sages expliquent qu’Amalek est le chef de file du mal dans ce monde.

Chap. 17, V. 11 et 12 : « Or, lorsque Moïse levait sa main, Israël prenait le dessus et lorsqu’il baissait sa main, Amalek prenait le dessus. Et les mains de Moïse se firent lourdes ; ils prirent une pierre et la placèrent sous lui, il s’assit dessus et Aaron et ‘Hour soutinrent ses mains, l’un de ci, l’autre de là, et il garda ses mains en prière confiante jusqu’au coucher du soleil »

S. Edels nous enseigne : « que les mains de Moïse défaillaient lorsque les cœurs les enfants d’Israël fléchissaient. Les rapports du chef et de son peuple sont basées sur un effet réciproque de stimulation. Le chef a besoin, lui aussi, du soutien actif de tout son peuple. »

Le Zohar nous enseigne que la lourdeur des mains de Moïse provenait des péchés d’Israël. La pierre est symbolique de l’instrument d’expiation, comme il est écrit dans le Lévitique, chapitre 20 verset 27. : « Et un homme ou une femme chez qui sera constatée une évocation d’un Ov ou d’un Yedéoni seront mis à mort ; on les lapidera avec des pierres, leur sang est sur eux. » Aussi c’est grâce à son soutien qu’il peut à nouveau tenir ses mains levées. La même faiblesse des mains de Moïse se manifesta lors du péché du veau d’or où elles laissèrent échapper les tables de la Loi.

Nous comprenons donc qu’un dirigeant peut réussir sa mission que s’il a le soutien de tout son peuple. L’histoire nous a appris que les dictateurs ont rarement mené à bien leurs projets.

L’actualité vue par la Bible.

Chap. 17, V. 14 : « Hachem dit à Moïse : « écris ceci en souvenir dans le Livre et place-le aux oreilles de Josué, effacé, j’effacerai le souvenir d’Amalek de dessous les cieux. »

Tout d’abord de quel livre s’agit-il ? C’est le livre de la Torah, affirme Nahmanide, et non celui des annales des guerres de Dieu, mentionné dans le verset 14 du chapitre 21 du livre des Nombres, comme le soutient Ibn Ezra.

Le Rav Munk nous enseigne que : « dans le commandement relatif à Amalek, au Deutéronome, XXV, 19, la phrase correspondante est formulée sous forme d’un ordre adressé à Israël : « tu effaceras le souvenir d’Amalek. Relevant cette apparente contradiction, les sages du Midrash donnent (entre autres interprétations) l’explication suivante : fais, dit l’Eternel à Israël, ce qu’il t’appartient de faire et efface le souvenir d’Amalek, je ferai alors ce qu’il m’appartient de faire et j’effacerai ses traces de mon côté. Cette sentence fait ressortir qu’il est de notre premier devoir d’effacer non pas Amalek lui-même, mais son souvenir sur terre, c’est-à-dire son évocation. Car c’est précisément la glorification du principe d’Amalek qui constitue le danger pour l’avenir de l’humanité. Aussi longtemps que les annales de l’histoire couvriront la mémoire des héros de la force armée de couronnes et aussi longtemps que les bourreaux et les persécuteurs des innocents ne seront pas voués à l’oubli, la génération de nos jeunes contemplera avec admiration les dieux de la force brutale et leur souvenir suscitera le désir de semblables exploits. »

Lorsque le Premier Ministre, M.  Manuel Valls, déclarait sur les ondes que nous devrions davantage nous souvenir du nom des victimes que du nom des terroristes, il disait avec d’autres mots ce que nous enseigne le Rav Munk.

Les médias devraient peut-être se pencher plus sur les victimes que sur les terroristes afin que certains esprits faibles ne les comparent à des héros.

Éric Gozlan


vendredi 8 janvier 2016

Hyperchabbat : pour les juifs orthodoxes…et les autres ???




Nous allons commémorer à la fin de ce shabbat les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher de Vincennes  où parmi les victimes figuraient nombre d’hommes et de femmes de confession juive.

Le Consistoire de Paris demande que ce chabbat soit intitulé « je suis hyperchabbat » en hommage aux quatre victimes juives de l’Hyper cacher. Se souvenir est important mais pourquoi avoir une mémoire selective ? Qu’en est-il des deux victimes juives de Charlie Hebdo. Pourquoi ne pas associer Georges Wolinski et Elsa Cayat à ce chabbat ? Je pense même que toutes les victimes, juives ou non juives, auraient dû être associées à ce chabbat commémoratif.

En lisant la section de cette semaine, je me suis rendu compte que les textes nous expliquent que l’hommage devrait être rendu à toutes les victimes juives, même si certaines ont été enterrées par un rabbin dit « libéral » ou incinérées.

Lisons le texte :

 Exode, Chap. 6 V. 7 : « Je vous prendrai pour Moi comme peuple et Je serai pour vous un Dieu ; et vous saurez que je suis Hachem votre Dieu, Qui vous a fait sortir de sous les corvées d’Egypte. »

Etre juif, c’est donc faire partie d’un peuple. Lorsque nous prenons un dictionnaire, nous pouvons lire qu’un peuple est « un ensemble d'individus ou d'éléments partageant une ou plusieurs caractéristiques qui servent à les regrouper. »

Cette définition est intéressante car toute personne qui se sent juive peut s’y retrouver. Que l’on soit orthodoxe, libéral ou réformé, chaque juif partage certaines caractéristiques communes qui font qu’il se sent partie intégrante du peuple juif.

 S.R. Hirsch commente le verset que nous avons cité en nous expliquant que le judaïsme n’est pas seulement une religion et donc n’est pas l’exclusivité du monde orthodoxe : « Les paroles de ce verset font, en outre, ressortir le caractère spécifique du judaïsme qu’on a si souvent défini comme étant une religion. Rien n’est plus faux. Israël est le peuple de Dieu, ce qui signifie que l’identité sociale qu’il constitue est dirigée, inspirée et gouvernée par Dieu, sous ses multiples aspects. Aussi ses rapports avec Dieu dépassent-ils de loin ceux d’une société religieuse Dieu ne possède rien d’autre que des temples, des églises, des autels, des paroisses, des castes de prêtres, etc. »

Nous remarquons qu’à travers les écrits saints, la notion de religion est parfaitement étrangère à la Torah, qui parle de Dieu, du Peuple Juif et de la Terre d’Israël. L’ensemble des lois juives concerne l’organisation sociale autant que l’individu ; nous avons tendance à l’oublier parce que pendant des siècles de dispersion, les rabbins ont statué sur des questions relatives aux individus.

Cet « hyperchabbat » réservé qu’aux seules victimes orthodoxes montre un certain malaise du peuple juif qui est traversé par de nombreux courants, des plus laïques aux plus orthodoxes et que chacun présente sa définition, depuis le simple sentiment d’appartenance jusqu’à la définition halachique stricte.

Le Rav Askénazi (Manitou) écrit dans « La parole et l’écrit » que « C'est l'élection qui fait le Juif et pas la religion »

A ceux qui pensent que les victimes juives de Charlie Hebdo n’ont pas de place dans  cet « hyerchabbat », je ne peux que répondre en citant une autre fois Manitou : « Je suis plus à l'aise dans une maison juive non religieuse où la cuisine n'est pas kasher que dans une famille orthodoxe où la cuisine est kasher mais s'est séparée du peuple juif. »