Nous allons commémorer à la fin
de ce shabbat les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher de Vincennes
où parmi les victimes figuraient nombre
d’hommes et de femmes de confession juive.
Le Consistoire de Paris demande
que ce chabbat soit intitulé « je suis hyperchabbat » en hommage aux
quatre victimes juives de l’Hyper cacher. Se souvenir est important mais
pourquoi avoir une mémoire selective ? Qu’en est-il des deux victimes
juives de Charlie Hebdo. Pourquoi ne pas associer Georges Wolinski et Elsa
Cayat à ce chabbat ? Je pense même que toutes les victimes, juives ou non
juives, auraient dû être associées à ce chabbat commémoratif.
En lisant la section de cette
semaine, je me suis rendu compte que les textes nous expliquent que l’hommage
devrait être rendu à toutes les victimes juives, même si certaines ont été enterrées
par un rabbin dit « libéral » ou incinérées.
Lisons le texte :
Exode, Chap. 6 V. 7 : « Je
vous prendrai pour Moi comme peuple et Je serai pour vous un Dieu ; et
vous saurez que je suis Hachem votre Dieu, Qui vous a fait sortir de sous les
corvées d’Egypte. »
Etre juif, c’est donc faire
partie d’un peuple. Lorsque nous prenons un dictionnaire, nous pouvons lire
qu’un peuple est « un ensemble d'individus ou d'éléments partageant
une ou plusieurs caractéristiques qui servent à les regrouper. »
Cette définition est intéressante
car toute personne qui se sent juive peut s’y retrouver. Que l’on soit
orthodoxe, libéral ou réformé, chaque juif partage certaines caractéristiques
communes qui font qu’il se sent partie intégrante du peuple juif.
S.R. Hirsch commente le verset que nous
avons cité en nous expliquant que le judaïsme n’est pas seulement une religion
et donc n’est pas l’exclusivité du monde orthodoxe : « Les
paroles de ce verset font, en outre, ressortir le caractère spécifique du
judaïsme qu’on a si souvent défini comme étant une religion. Rien n’est plus
faux. Israël est le peuple de Dieu, ce qui signifie que l’identité sociale
qu’il constitue est dirigée, inspirée et gouvernée par Dieu, sous ses multiples
aspects. Aussi ses rapports avec Dieu dépassent-ils de loin ceux d’une société
religieuse Dieu ne possède rien d’autre que des temples, des églises, des
autels, des paroisses, des castes de prêtres, etc. »
Nous remarquons qu’à travers les
écrits saints, la notion de religion est parfaitement étrangère à la Torah, qui
parle de Dieu, du Peuple Juif et de la Terre d’Israël. L’ensemble des lois
juives concerne l’organisation sociale autant que l’individu ; nous avons tendance
à l’oublier parce que pendant des siècles de dispersion, les rabbins ont statué
sur des questions relatives aux individus.
Cet « hyperchabbat »
réservé qu’aux seules victimes orthodoxes montre un certain malaise du peuple
juif qui est traversé par de nombreux courants, des plus laïques aux plus
orthodoxes et que chacun présente sa définition, depuis le simple sentiment
d’appartenance jusqu’à la définition halachique stricte.
Le Rav Askénazi (Manitou) écrit
dans « La parole et l’écrit » que « C'est l'élection qui
fait le Juif et pas la religion »
A ceux qui pensent que les
victimes juives de Charlie Hebdo n’ont pas de place dans cet « hyerchabbat », je ne peux que
répondre en citant une autre fois Manitou : « Je suis plus
à l'aise dans une maison juive non religieuse où la cuisine n'est pas kasher
que dans une famille orthodoxe où la cuisine est kasher mais s'est séparée du
peuple juif. »
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire