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mercredi 17 février 2016

Hommage de la fédération Juive Noire à Ilan Halimi

Comme chaque année depuis 10 ans, à l’initiative de la FJN, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées ce dimanche 14 février en mémoire d’Ilan Halimi, torturé à mort pour le gang des barbares en 2006.
Le lieu de rendez-vous était le boulevard Voltaire devant l’emplacement de la boutique de téléphonie où travaillait Ilan.

J’ai eu l’honneur d’être invité par la Fédération Juive Noire à prendre la parole lors cet événement et je souhaite partager avec vous mes impressions

Malgré un temps maussade, de nombreuses personnalités sont venues partager l’émotion de la communauté parisienne.

Guershon Nduwa, Président de la Fédération des Juifs Noirs, s’est exprimé dans un émouvant discours sur les événements tragiques que la France a subis ces deux dernières années :
 "Si, il y a dix ans, on avait écouté le message du vivre ensemble qui avait suivi la mort d'Ilan Halimi, il n'y aurait peut-être pas eu les tueries de Mohamed Merah ou de l'Hyper Casher »

En écoutant Guershon je n’ai pu m’empêcher de penser : « Quel chemin parcouru ! Voici que le Président de la Fédération Juive Noire est entouré du porte-parole du mouvement Loubavitch, d’un rabbin consistorial, de dirigeants du CRIF et du FSJU ».

Cette pensée m’est venue entre autres parce que la FJN n’a pas attendu dix ans pour honorer la mémoire d’Ilan. 
Chaque année, cette fédération organise un rassemblement unitaire à cet effet. Il est dommage que pour le dixième anniversaire de l’assassinat d’Ilan certaines institutions ou organisations aient préféré se démarquer de la FJN pour leur propre cérémonie.

Mais revenons à ce dimanche 14 février

Après les propos introductifs de Gershon, les représentants des grandes organisations se sont à leur tour exprimés. Francis Khalifa, vice-président du CRIF a rappelé que « depuis l’assassinat d’Ilan, la situation des Français juifs n’a cessé de se dégrader. » Gil Taieb, Vice-Président du FSJU a quant à lui évoqué que « la jeunesse ne se laissera pas de nouveau enlever, frapper et éliminer. »

Des personnalités extérieures à la communauté juive ont aussi partagé cet hommage. Ainsi le Recteur de la Mosquée de Nîmes Hocine Drouiche est venu spécialement de sa ville pour prier en souvenir d’Ilan et pour adresser à l’ensemble des communautés un message de paix.

Le CREFON (Conseil Représentatif des Français d’Outre-Mer) a déposé une gerbe après avoir rappelé combien cet assassinat était abject.

J’ai aperçu dans la foule certaines personnalités qui étaient présentes en tant que simples citoyens tels que le Président du cercle Léon Blum, le Président de la communauté de Saint Lazare…

Sans distinction de couleur politique, les représentants des partis étaient unis en ce triste anniversaire.
De nombreux artistes ont voulu à leur façon rendre hommage à Ilan. Daniel Theault a chanté une composition qu’il a écrite pour l’occasion. Tony Harrison, qui joue le rôle de Fofana dans le film sur Ilan a récité avec Rachel Kahn une très belle adaptation d’un passage de « Si c’est un homme » de Primo Lévi.

Après plus de deux heures d’hommages, le rabbin Tordjmann a récité un psaume et le Kaddish

La cérémonie s’est terminée par les hymnes nationaux français et israélien et par une distribution de T-shirt à l’effigie d’Ilan Halimi.

On ne peut construire un futur sans connaître son passé. Nous avons tous que c’est la mémoire collective qui fait un peuple.

La FJN et ses bénévoles nous font grandir car depuis maintenant dix ans, sans aide, avec très peu de reconnaissance rappelle à la mémoire collective ce qu’a été ce crime.

Je ne peux terminer ce témoignage sans rendre hommage aux principaux acteurs de cette cérémonie. Je souhaite bien sûr citer Gershon mais aussi Angélique Dahan, Déborah et tous les bénévoles de la FJN

Il convient aussi de remercier toutes les personnalités et les anonymes qui ont bravé le froid pour cet émouvant hommage.

Que le souvenir d’Ilan reste à tout jamais gravé dans nos mémoires


Eric Gozlan

dimanche 14 février 2016

Discours prononcé par Eric Gozlan lors de l'hommage à Ilan Halimi le 14 février 2016

Je tiens tout d’abord à remercier Guershon NDUWA qui avec son équipe de la Fédération Juive Noire organise maintenant depuis 10 ans cet hommage pour Ilan Halimi.

Vous êtes aujourd’hui nombreux à vous être déplacés et je suis très heureux de voir ENFIN certaines institutions ou organisations se joindre à nous pour se souvenir d’Ilan.

10 ans, 10 années depuis l’assassinat sordide d’Ilan. 10 ans que nous pleurons sa mort. Et que s’est-il passé depuis ?

L’attentat contre Charlie hebdo, l’assassinat d’une policière municipale, l’attentat contre l’hyper kasher, l’attaque du stade de France, le carnage du Bataclan et les fusillades dans les cafés autour.

10 ans que nous subissons, tous, juifs, musulmans, chrétiens, athées cette barbarie qui se nomme terrorisme.

L’assassinat d’Ilan est le symbole même de l’antisémitisme et de ses préjugés. On enlève, on demande une rançon, on torture, on tue un être humain car il est juif, car on pense que les juifs sont riches, on croit que les juifs ont le pouvoir, on imagine que les juifs sont à la tête d’un complot.

Le complotisme, cette nouvelle maladie qui gangrène la France. Cette nouvelle maladie, malheureusement si répandue dans la jeunesse française, qui colporte la haine de l’autre.

La lutte contre le complotisme doit être la priorité absolue des gouvernements. Gouvernements au pluriel car ce n’est pas un combat franco-français mais une lutte de tous les exécutifs européens et mondiaux.
Pour que l’assassinat d’Ilan ne se reproduise pas, les réseaux sociaux tels que Google, Facebook, Twitter doivent mettre la main à la pâte. Ils doivent contrôler ce qui est écrit et propagé dans leur réseau.

Mesdames et Messieurs les dirigeants de ces réseaux sociaux, en laissant la haine se propager par l’intermédiaire de vos réseaux, vous êtes complices, n’en vous déplaise, de tous ces malheurs.

Depuis l’assassinat d’Ilan, nous ne pouvons oublier les cris de « mort aux juifs » entendus lors des manifestations en juillet 2014 dans cette ville de Paris, symbole des droits de l’homme.

La France n’a alors pas compris que ce n’était pas seulement les juifs qui étaient visés mais c’était elle et la laïcité qu’on voulait atteindre par ces cris. Les attentats du 13 décembre en sont la meilleure preuve.
Ces antijuifs détestent autant les juifs que la France et la laïcité.
C’est pour cela que tous ensembles sans distinction de couleur politique, de religion, nous devons combattre ce fléau qui est l’antisémitisme et le racisme. Nous devons crier que la France doit rester ce pays laïc où chacun a le droit de croire ou de ne pas croire.

Nous ne devons en aucun cas faire des amalgames.

Opposer les religions entre elles, diviser la population : c’est exactement le but de ces barbares.


Je vous le répète encore une fois : ne nous divisons pas, ne faisons pas d’amalgame et surtout restons unis contre les assassins d’Ilan et contre tous ceux qui ont fait du racisme et de l’antisémitisme leur idéologie.

Eric Gozlan